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Procès BeljanskiQuand l'assistance à personnes en danger devient un délitMême en prenant un peu de recul, vous comprendrez qu'il est très difficile de résumer le déroulement et surtout les émotions de cette semaine. Personne, pas même la présidente du tribunal, qui a pourtant déclaré avoir étudié de son mieux ce "monstre de papiers" (terme employé par un avocat), composé de 28 tomes et 8 annexes, ne peut prétendre avoir des réponses précises sur ce dossier "mal ficelé" (autre qualificatif d'un avocat) qui a justifié, dès l'ouverture du procès, de soulever de nombreux cas de nullité tout à fait légitimes. Sur les 95 personnes mises en examen, il aurait dû rester 20 prévenus, mais 4 d'entre eux sont décédés, dont Mirko Beljanski et celui qui restera le "héropositif" du Collectif Cancer Sida, Marc Crouzier. Une justice à deux vitesses Il me faut aussi préciser qu'un des pharmaciens, bouc émissaire, avait été précédemment jugé et avait fait l'objet d'un non-lieu (encore une belle démonstration d'une "justice" à deux vitesses). Des chefs d'accusation sans rapport avec la réalité Nous devions comparaître pour répondre des faits rappelés par le tribunal, à savoir et pour mémoire : exercice illégal de la pharmacie, absence d'autorisation d'un établissement de fabrication de médicaments, absence d'autorisation de mise sur le marché, publicité ou propagande en faveur de médicaments non autorisés, tromperie sur la nature de la marchandise vendue, complicité, conformément aux art. L512, L517, L518, L519, L596, L551, L556, L601, R5047 et suivants du Code de la santé publique, L213-1 du Code de la consommation, 121-6 et 121-7 du Code pénal. Les directives du pouvoir étaient précises : stopper coûte que coûte la diffusion des produits Beljanski Il est clair qu'au départ la justice a gonflé l'affaire Beljanski en mettant quatre-vingt- quinze personnes en examen (dont de nombreux médecins et pharmaciens à qui il fallait faire peur afin qu'ils ne participent plus aux circuits de diffusion des produits Beljanski, mais qui ne devaient surtout pas venir au procès pour témoigner de l'efficacité de ces produits). C'est pour cette simple raison que, le 19 mars, il n'est resté que quinze personnes concernées (peut-être pour l'exemple ?) et certains avocats ont logiquement plaidé l'inégalité devant la justice. Mme Beljanski applaudie par le public, en pleine audience A l'ouverture du procès, le 19 mars, lorsque la présidente a appelé Mme Beljanski, le public a spontanément applaudi, ce qui a fait immédiatement l'objet d'un très ferme avertissement du tribunal qui a rappelé que nous n'étions pas au théâtre... Un défilé des témoins empreint d'une grande dignité Le mardi après-midi une bonne vingtaine de témoins ont été cités. Ces dépositions qui se sont terminées à 21 h 15 ont été empreintes de beaucoup de dignité, de pertinence, d'une grande sincérité, d'objectivité de la part d'un journaliste et d'un écrivain. Tous ont pu s'exprimer librement sans qu'il n'y ait jamais eu de la part de la présidente de manifestation d'impatience ni de questions pièges. Cette dernière nous est apparue très intelligente, humaine et patiente. Elle restera très attentive pendant les cinq jours du procès. Des parties civiles financées par les marchands de drogue Le mercredi matin, on a entendu les plaidoiries des parties civiles. A savoir, les associations Act-up et Aides qui, selon nos avocats, ont reçu 1,6 million de francs en 1997 de subventions des laboratoires Glaxo Wellcome (?). Faut-il rappeler que, dernièrement, l'ancien président d'Act-up, Philippe Mangeot, était le fils de l'ancien PDG de la filiale Wellcome France qui diffuse l'AZT, concurrent direct de l'extrait naturel de Pao pereira de Beljanski. Une association qui défend les intérêts des labos en oubliant ceux des malades La Ligue contre le cancer s'était également portée partie civile (comprendra qui pourra). Elle aurait, toujours selon les sources de nos avocats, bénéficié de 29,4 millions de francs de subventions de l'Etat en 1997. En Afrique du Sud aussi, les labos s'attaquent aux malades Ceci nous rapproche de cette incroyable plainte pour perte de bénéfice qui a été portée par 39 laboratoires pharmaceutiques contre un Etat souverain, l'Afrique du Sud, afin d'empêcher nos frères africains de pouvoir se soigner avec des médicaments génériques ou autres. Mais l'abandon du procès de Pretoria ne signifie en rien la défaite de ces puissants laboratoires car la presse a déjà évoqué certains engagements. Un procureur qui ignore la dure réalité de la vie des patients atteints de pathologies très lourdes La fin de la matinée a été consacrée au réquisitoire hallucinant du procureur de la République, Frédéric Campi, qui a demandé un assortiment de peines allant de 18 à 24 mois de prison et de 200 000 à 500 000 F d'amende. Nous avions relevé que ce type de délit pouvait au maximum être sanctionné de 30 000 F d'amende. On a même entendu un avocat oublier de défendre son client En soirée, une médiocre tentative de faire déraper le procès au profit des contrefacteurs a été orchestrée par un avocat et son client qu'il n'a, étrangement, même pas défendu. Mirko Beljanski revient au centre des débats Les journées de jeudi et vendredi furent consacrées aux plaidoiries des avocats de la défense. Enfin, de grands moments réconfortants pendant lesquels nous avons pu entendre des arguments extrêmement importants et sérieusement étayés. Nous étions vraiment au cur du sujet. Toutes ses lettres de noblesse ont été rendues au chercheur Mirko Beljanski qui, à l'évidence, même mort, inquiète toujours les lobbies. Le Ciris a tout fait pour l'obtention d'une AMM L'avocat du Ciris a brillamment démontré la bonne foi de l'association, qui a toujours voulu obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) et le remboursement par la Sécurité sociale pour ces produits. Il a fait défiler, en brandissant chaque pièce vers le procureur, tous les refus de l'administration à ses requêtes, preuves de l'absence de bonne volonté de l'Etat. Le président est un "guerrier" Me concernant, car il lui fallait conclure, il a déclaré : " Le président du Ciris est un "guerrier", un guerrier qui espère gagner ce noble défi contre des fléaux de la santé." L'ensemble des avocats a essentiellement plaidé l'état de nécessité et la relaxe : certaines femmes, avec une verve et une technicité impressionnantes, d'autres, avec un art associé à la sagesse et l'expérience des vieux routiers, d'autres, plus jeunes avec un professionnalisme magistral et beaucoup d'humanité. Monique Beljanski satisfaite des différentes prises de parole Monique Beljanski, à l'occasion de sa dernière prise de parole, a déclaré qu'elle avait apprécié qu'aussi bien les prévenus que les témoins cités aient pu s'exprimer. Les personnes présentes conserveront longtemps gravée dans leur mémoire l'expression bouleversante de la souffrance des malades. J'ai exigé d'être mis en examen Je suis le seul des prévenus à avoir exigé d'être mis en examen le 9 octobre 1996, afin d'avoir accès au dossier pour mieux défendre l'intérêt général des malades. J'avais été très choqué par la saisie de mes gélules Beljanski sur ma table de nuit et j'ai conservé quelques preuves que des malades sont décédés des suites de la privation de leurs produits. Libéré le 10 octobre 1996 à trois heures du matin, après vingt heures de garde à vue, je suis retourné, de mon propre gré, dans l'après-midi, à la gendarmerie de Rochefort, située à un quart d'heure de mon domicile, pour y retirer la notification que j'avais réclamée et qui avait été télécopiée depuis Créteil. Si je n'avais pas insisté, je serais libre et pas concerné par ce procès Si j'ai eu l'audace de faire cette démarche citoyenne, responsable et humaine, c'était surtout par amour de mon prochain et par reconnaissance envers le chercheur. Je trouvais mon geste naturel car il m'était difficile d'admettre avoir eu la chance dans mon malheur de pouvoir bénéficier un jour des produits Beljanski et de ne pas partager ce bonheur tout simplement par fraternité et égalité. Je n'ai pas accepté de mourir dans la légalité. J'ai préféré devenir un survivant illégal C'était mon choix ! Ne pas me conduire ainsi aurait été lâche. Mon courage me place, aujourd'hui, aux côtés de Monique Beljanski, au premier rang des ceux qui peuvent être condamnés à de très lourdes sanctions réclamées par un procureur de la République, en totale contradiction avec le procureur général qui avait osé prendre la défense, ne l'oublions pas, de Mirko Beljanski, lors du premier procès de Saint-Etienne le 10 mars 1994. Le tribunal va-t-il sanctionner de nobles valeurs oubliées comme le courage, la fraternité, l'esprit citoyen ? En 1985, la mort est venue frapper à ma porte dans les circonstances que vous connaissez. J'ai pris ma santé en main pour sauver ma vie. Dans le cadre du bénévolat associatif, mon devoir était d'informer objectivement. J'ai pu ainsi sauver d'autres vies. Est-ce un délit ? Gérard WEIDLICH | |
| © Votre santé - Juin 2001 | |