L'affaire Beljanski

Le peuple a rendu son verdict

En attendant le jugement du tribunal qui sera rendu fin mai, celui du peuple est prononcé : les produits Beljanski sont bons pour les personnes atteintes de cancers, de maladies auto-immunes et du sida. Ils sont efficaces, sélectifs et non toxiques. Ils ont sauvé des dizaines de milliers de malades. La démonstration éclatante en a été faite devant les juges attentifs et très intéressés du tribunal de Créteil par les réponses aux nombreuses et pertinentes questions posées à tous les acteurs de ce drame par la présidente de la 11e chambre correctionnelle, madame Bénédicte Piana. Car, malgré les efforts démesurés et dispendieux des principales associations parties civiles - Aides, la Ligue contre le cancer et Act-up - pour recruter des témoins à charge contre les produits Beljanski, aucun témoignage digne de foi n'a été entendu dans le prétoire. Bien au contraire, des dizaines de malades, des sommités médicales et scientifiques, des présidents d'associations et des médecins ont défilé pour faire l'éloge du grand savant qu'était Mirko Beljanski. Une seule chose est sûre : les produits Beljanski continueront à être utilisés. Une AMM sera bientôt délivrée. Ainsi, des millions de malades pourront en bénéficier.

P. A.

Associations de défense des malades ou des labos ?

Les associations de malades et familles de malades ont des rapports différents avec les pouvoirs publics et les labos. Positifs, association de séropositifs, a demandé pendant de nombreuses années des essais cliniques et l'étude du dossier de demande d'AMM pour les produits Beljanski. Il semblerait que cette association soit sanctionnée de son objectivité par des suppressions de subventions d'autant plus regrettables que Positifs a créé un fond de solidarité (FAR) pour aider financièrement les personnes séropositives ou atteintes du sida. Ce n'est pas le cas d'Act Up (largement subventionnée par l'Etat et Wellcome), autre association de séropositifs anciennement présidée par Philippe Mangeot, fils de Jean-Pierre Mangeot, ex-président chez Wellcome, fabricant de l'AZT si expressément recommandé aux malades. Quant à l'association Aides, elle admet volontiers recevoir régulièrement des aides diverses et substantielles de la société Wellcome.

Sylvie SIMON et Pierre ANDRILLON

 


L'affaire Beljanski : l'ombre d'un diktat

Le travail de la justice en France me paraît parfois comparable à celui de l'admirable Pénélope qui, par fidélité à son mari, défaisait la nuit la partie de la toile qu'elle avait tissée le jour, pour ne pas avoir à choisir entre tous les soupirants qui l'assaillaient et la mettaient en demeure d'avoir à le faire. On dit qu'elle attendit ainsi pendant vingt ans le retour d'Ulysse. Dans l'affaire Beljanski, comme dans d'autres plus anciennes, se trouvent poursuivies des personnes qui ont cherché à promouvoir des moyens ou des pratiques de soins hors du cadre établi. La justice s'attache à l'évidence à évaluer la gravité des faits délictueux et à dire le droit dans le respect des réglementations en vigueur tout en prenant en compte les arguments de la défense pour qui existe le risque d'un abus de droit de la part de la partie adverse. La grande difficulté d'un tel travail réside dans l'existence de conflits d'intérêts évidents :
• Intérêts professionnels défendus par l'Ordre des pharmaciens, qui s'abrite derrière une réglementation bien établie, française mais pour partie aussi dans l'axe des préoccupations européennes, pour garantir la sécurité et la rigueur dans la mise au point des médicaments, leur fabrication, leur mise sur le marché et leur distribution ;
• Intérêt de l'inventeur inhabituel revendiquant le droit de faire profiter les patients d'un produit incapable de faire sa place dans les circuits ordinaires de fabrication et de distribution ;
• Intérêt des patients qui réclament le droit d'accéder à des produits dont l'efficacité et l'innocuité leur paraissent supérieures aux médications régulièrement mises sur le marché, pour le mal dont ils souffrent ; • Intérêt de la puissance publique qui tient à apparaître comme la référence constante de la défense de la santé des citoyens, en particulier face aux risques que comportent des initiatives non contrôlées et des pratiques aventureuses. C'est souvent à ce niveau que s'exercent les pressions les plus extrêmes des lobbies scientifiques, médicaux et industriels bien en cours (cf. le drame de la transfusion sanguine) ;
• Intérêt de la science pour qui toute nouvelle acquisition laisse espérer une meilleure compréhension des processus morbides (que nous connaissons si mal) ou des mécanismes mis en jeu dans les traitements (nous en savons encore moins). Impossible d'établir la "vraie vérité", tant elle diffère selon le point d'où l'on tente de la cerner, ni le "vrai droit", tant les différents droits se contredisent. D'où la nécessité de les hiérarchiser pour dire implicitement ou explicitement, par exemple si lesdroits des laboratoires pharmaceutiques passent avant celui pour les malades d'accéder aux meilleures thérapies possibles. A priori ce dernier droit devrait être prioritaire, mais dans la pratique, même pour les affections qui sont autant d'échecs pour la médecine officielle, le risque est grand de voir la justice privilégier de facto les pratiques dominantes, même inefficaces ou dangereuses, et du coup légitimer prioritairement les attitudes procédurières de l'industrie pharmaceutique. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir de l'issue heureuse pour les patients dans le procès intenté par 39 laboratoires pharmaceutiques contre le gouvernement d'Afrique du Sud. Dans l'affaire Beljanski, il est très difficile de faire la part des choses et l'on peut craindre que l'instruction ouverte contre lui en 1994 n'ait été conduite avec la plus extrême sévérité, un peu comme si ses adversaires scientifiques les plus notables avaient trouvé, par miracle, dans le juge d'instruction, une personnalité impitoyable contre tout déviationnisme par rapport au discours dominant. Les souffrances morales infligées à ce savant renommé (perquisitions, scellés sur le laboratoire, garde-à-vue, libération sous caution et sous contrôle judiciaire) se sont inscrites curieusement dans le droit-fil des brimades déjà infligées par ses détracteurs. Sa mort en 1998 peut être considérée médicalement comme l'aboutissement de ces souffrances et de ces humiliations. Bien involontairement sans aucun doute, cette issue fatale servait les intérêts de ses détracteurs. Restaient les autres intérêts, au premier rang desquels ceux des malades qui devraient pouvoir recourir en toute sérénité à ces médicaments. On veut espérer, en ce mois de mai 2001, qu'il se trouvera un juge pour estimer que ces patients, tous atteints de maladies très graves et difficilement curables avec les moyens actuellement reconnus, ont là un droit imprescriptible à se soigner. Toute entrave à ce type de soins devrait pouvoir être levée dès lors que l'innocuité de ces produits est reconnue, que la notoriété scientifique de celui qui les a conçus n'est pas contestable et qu'il n'y a eu dans cette affaire ni tromperie ni recherche de profits indus. Et tant mieux si pouvait ainsi s'ébaucher la réhabilitation d'un grand savant dont l'unique tort fut de déplaire à quelques grands noms du monde scientifique, qui n'hésitèrent pas à abuser de leur influence pour le réduire au silence, même au détriment de toutes celles et tous ceux qu'il pouvait soulager.

Pierre CORNILLOT

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© Votre santé - Juin 2001